Derrière le mot «inclusion»: comment favoriser le sentiment d’appartenance des élèves en situation de handicap?

Par Samuel ROGERET, membre du Conseil d’Administration de l’Association Une école Inclusive Pour Tous.

Par Samuel ROGERET, membre du Conseil d’Administration de l’Association Une école Inclusive Pour Tous.

L’école est souvent le premier lieu social où un enfant fait ses premiers pas dans le monde collectif. Ce moment est décisif car il lance l’enfant dans la société, l’invite à comprendre et à partager des règles, des codes et des relations. Si dès ces premières expériences il se sent rejeté, isolé ou non reconnu, ce rejet peut profondément marquer son rapport à lui-même et aux autres tout au long de sa vie.

Garantir que l’école soit un espace où chaque élève, quelle que soit sa différence, se sente accueilli, reconnu et pleinement membre de la communauté scolaire, c’est assurer bien plus qu’une scolarisation : c’est soutenir la construction d’une citoyenneté inclusive qui s’appuie sur un sentiment d’appartenance solide et durable.

En 2025, plus de 520 000 élèves en situation de handicap sont scolarisés dans les écoles ordinaires françaises (Ministère de l’Éducation nationale, 2025). Cette avancée majeure représente un progrès important, mais pose aussi la question cruciale : comment favoriser, au-delà de la présence physique, un véritable sentiment d’appartenance qui prépare ces élèves à trouver leur place dans la société entière ?

Sentiment d’appartenance: la clé d’une école vraiment inclusive

Être physiquement présent dans une classe ne suffit pas. Le vrai défi est de permettre aux élèves en situation de handicap de se sentir vraiment membres à part entière de la communauté scolaire. Le sentiment d’appartenance passe par la reconnaissance, le respect, l’écoute et une participation concrète à la vie collective.

L’enquête « J’ai pas école » menée par l’Unapei dévoile une réalité souvent peu visible dans les statistiques officielles : près de 13 % des enfants ne bénéficient d’aucune scolarisation effective, et 38 % assistent à moins de six heures de cours par semaine. Ces chiffres révèlent que pour beaucoup, la porte de l’école est encore fermée au-delà de l’apparence, limitant sévèrement leur sentiment d’appartenance.

Ce qui fonctionne vraiment pour susciter l’appartenance

Malgré tout, certaines expériences montrent la voie. À Lille, un enseignant témoigne dans la revue AFAE (mai 2025): « Dialoguer quotidiennement avec les familles, stabiliser les équipes d’accompagnement et déployer des outils pédagogiques variés renouvelle la confiance des élèves et construit une dynamique de bienveillance dans la classe. »Des adaptations concrètes comme la réduction des contraintes sensorielles, l’introduction de supports alternatifs, comme l’Adapta’Box, ou encore des pédagogies qui valorisent chaque progrès, permettent aux élèves de se sentir vus et compris. Ces pratiques favorisent la parole des élèves et leur engagement, ainsi que la coopération étroite avec les familles. C’est cette implication collective qui fait naître un vrai sentiment d’appartenance.

Entre progrès et difficultés persistantes

Mais la réalité est contrastée. Une mère rapporte dans La Croix (août 2025) le combat quotidien pour obtenir un accompagnement efficace pour son enfant qui ne va à l’école qu’une heure par jour. De nombreux parents témoignent de démarches administratives lourdes, de dispositifs inégaux et d’un manque de moyens humains. Ces difficultés affectent profondément le sentiment d’appartenance des élèves en situation de handicap et freinent leur pleine participation.

Les obstacles à surmonter

Même quand la volonté est là, de nombreux obstacles subsistent. Le manque d’AESH, la précarité des contrats et la disparité territoriale plongent les familles dans l’incertitude (Syndicats professionnels, 2025). D’autres difficultés viennent s’ajouter : locaux inadaptés, supports pédagogiques pas toujours adaptés ni déployés assez vite, et manque de coordination entre scolaire et médico-social. Ces défis montrent qu’il ne suffit pas d’ouvrir les portes ; il faut aussi bâtir un environnement stable et inclusif où chacun puisse grandir et s’épanouir.

Plus qu’un mot, un engagement

L’inclusion scolaire ne doit pas être une simple politique de chiffres. Elle engage l’école, la société, à garantir à chaque enfant en situation de handicap le droit fondamental de se sentir pleinement accepté et intégré.

C’est en donnant à chaque élève la possibilité de dire, avec confiance,

« Ici, j’ai vraiment ma place. »

que l’inclusion atteindra tout son sens.

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